Françoise Chandernagor


Françoise Chandernagor






De par son premier mariage, avec Charles Philippe Henri JURGENSEN, Françoise CHANDERNAGOR est pour moi une cousine par alliance.

Son époux, Charles Philippe Henri JURGENSEN, a avec moi plusieurs relation de cousinage. Nous avons comme ascendants communs :
- Guy MARTINET et Philiberte PETIT, mes sosas 128 et 129
- Jean BEY et Michelette LOISY
, mes sosas 2422 et 2423
- Claude l'ancien CANARD
, mon sosa 2308
- Benoît BLONDET et Jeanne COULON
, mes sosas 4840 et 4841
- ...

Françoise Chandernagor, de l'Académie Goncourt, est un écrivain français, née le 19 juin 1945 à Palaiseau (Essonne). Elle est la fille d'André Chandernagor, ancien député de la Creuse et ministre du gouvernement Pierre Mauroy.

Après le diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris et une maîtrise de droit public, elle entre à vingt et un ans à l'École nationale d'administration (ENA), d'où elle sort deux ans plus tard major de sa promotion. Elle est alors la première femme à obtenir ce rang.

Ancienne élève de l'École Nationale d'Administration, elle devient membre du Conseil d'État en 1969.

Elle quitte l'administration et abandonne sa carrière de fonctionnaire en 1993 pour se consacrer entièrement à l'écriture. Elle est membre de l'Académie Goncourt.

Née dans une famille de maçons creusois alliés aux descendants d'un esclave indien affranchi (d'où son nom), mariée en premières noces à Philippe Jurgensen et en deuxièmes noces à Gérard de Senneville, mère de trois enfants, Françoise Chandernagor a toujours partagé sa vie entre Paris et le Massif Central.

En 1969, elle intègre le Conseil d'État où elle va exercer différentes fonctions juridictionnelles, notamment celles de Rapporteur Général.

Elle occupe aussi plusieurs postes dans des administrations extérieures, tant dans le secteur culturel que dans des services économiques, et assume à titre bénévole des responsabilités dans des organismes caritatifs, notamment la vice-présidence de la Fondation de France jusqu'en 1988 et la vice-présidence de la Fondation d'Aguesseau.

En 1991, elle a rédigé le rapport annuel du Conseil d'État sur l'insécurité juridique.

Depuis 1981, date à laquelle elle a publié L'Allée du Roi (mémoires imaginaires de Madame de Maintenon, seconde épouse de Louis XIV), Françoise Chandernagor a écrit huit romans et une pièce de théâtre (jouée à Bruxelles en 1993-1994 et à Paris en 1994-1995). Plusieurs de ses romans ont été traduits dans une quinzaine de langues, et deux d'entre eux ont fait l'objet d'adaptations télévisuelles.

Dans La Chambre, en 2002, elle reprend le mécanisme des mémoires imaginaires pour dépeindre la vie d'un jeune enfant emprisonné par des révolutionnaires, qui est en fait le jeune Louis XVII.

Françoise Chandernagor est membre du Prix Jean Giono, du Prix Chateaubriand, et de l'Académie Goncourt (depuis juin 1995). Elle est Vice-Présidente de l'association « Liberté pour l'histoire ».

Commandeur de l'ordre national du Mérite, en avril 2007 elle est promue Officier de la Légion d'honneur.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Françoise Chandernagor de Wikipédia en français (auteurs)


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Son ascendance paternelle est originaire de La Réunion


Propos recueilli par François Dufay in L'Histoire

L'Histoire n° 280

L'Histoire n° 280 - 10/2003


« Mon ancêtre esclave », par Françoise Chandernagor

« Ma famille s'est transmis des objets, notamment un livre de cuisine, appartenant au premier Chandernagor, prénommé Charles-François, qui vécut dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Quand, intrigué par cet ancêtre au nom exotique, mon père, alors étudiant, a entrepris des recherches sur lui, sa grand-mère s'y est opposée, en lui disant : "Mon petit, c'était tous des méti [des métis] !"
La légende familiale disait que ce Charles-François était arrivé en France avec sa marraine, qui aurait été en fait sa mère. Ça ne tenait absolument pas la route, car une femme blanche, à cette époque, n'aurait pas eu un enfant avec un homme de couleur. C'était dans le sens inverse que cela fonctionnait !
Mon père a alors bénéficié des recherches d'un historien local du Poitou, qui, dans les années 1920, avait parlé avec des vieilles gens ayant connu le fils de Charles-François, un vétéran de la Grande Armée, qu'ils décrivaient comme très basané. Cet historien a mis la main sur l'acte de mariage du premier Chandernagor. Celui-ci n'avait alors qu'un prénom mais plusieurs surnoms : "Bengale", "Les Indes", "Chandernagor". Lors de son mariage, il avait choisi ce dernier, qui fait référence à un comptoir français des Indes.
Mon père a ensuite exhumé dans le Poitou l'acte de décès de Charles-François, stipulant qu'il était né à l'Île Bourbon, c'est-à-dire à l'Île de la Réunion, vers 1742. Plus tard, en faisant des recherches à la Réunion, il n'a trouvé qu'un seul Charles-François, baptisé en septembre 1742, à l'âge de six mois, à Saint-Pierre. Sa mère figure dans l'acte de baptême sous le nom de "Marie, négresse". Ce qui peut vouloir dire aussi bien Africaine qu'Indienne.
Le maître de Marie était un notaire, Philippe Chassain, qui, avant de s'installer à la Réunion, où il possédait une "habitation" (une plantation), avait été soldat aux Indes puis employé de la Compagnie des Indes. Il n'est pas exclu qu'il en ait ramené des esclaves, dont Marie.
Ce Philippe Chassain était-il le père de Charles-François ? Ce qui est sûr, c'est que la marraine de l'enfant s'appelait Antoinette, fille du commandeur Dejean, personnage très connu à la Réunion où il a fondé Saint-Pierre et Saint-Louis, et qu'elle avait épousé Charles-François de Verdière, lui-même fils d'un autre Charles-François.
Quand cette Antoinette de Verdière, devenue veuve, s'est remariée, elle a décidé d'envoyer les deux filles de son premier lit dans leur famille à Lille. Elle a aussi mis sur le bateau, après les avoir (peut-être) rachetés à Chassain, Marie "la négresse" et son fils Charles-François, âgé de dix ans. C'était en 1752. Mon père a retrouvé, à Lorient, leur acte d'embarquement sur le Duc de Chartres.
Les colons savaient très bien ce qu'ils faisaient en expédiant ainsi des esclaves en France : le Code noir n'était applicable que dans les colonies ; dès qu'il touchait le sol français, un esclave était affranchi, et ce, bien avant la Révolution. Charles-François, comme le père d'Alexandre Dumas, a bénéficié de cette disposition.
Il est possible que Charles-François ait été le fils du premier mari d'Antoinette de Verdière. En tout cas, cette jeune femme a été sensible au sort de cet enfant mulâtre.
Plus tard, on retrouve Charles-François cuisinier dans une famille noble du Poitou, au château de la Bonnardelière. L'heure de gloire de cet ancien esclave a dû être le jour où il a fait la cuisine pour le comte d'Artois, le futur Charles X. Sa dévotion à sa marraine Antoinette, à qui il devait la liberté, s'est exprimée par le fait qu'il a prénommé ses deux fils Antoine.
Ses descendants, ouvriers, ont vécu dans une relative pauvreté. Cela dit, Charles-François, l'esclave affranchi dont les ancêtres indiens étaient plus certainement des parias que des princes, avait appris à lire et à écrire, comme le prouvent ses livres de cuisine et une note que nous avons de sa main. Ce qui n'était pas le cas de mes ascendants du côté maternel, des maçons de la Creuse, migrants saisonniers dont la vie à Paris était aussi un véritable esclavage et dont, à l'aube du XXe siècle, aucun n'était encore capable de signer son nom… »



Son ascendance maternelle est originaire de la Creuse


Tiré du site des Éditions Gallimard sur Françoise CHANDERNAGOR
Trois siècles de maçons

Autant mes ancêtres paternels furent, par la force des choses, des voyageurs, autant mes ancêtres maternels apparaissent comme des sédentaires. Les recherches que j’ai menées sur trois siècles dans les registres paroissiaux montrent qu’ils sont tous nés et se sont mariés dans la même paroisse de La Forêt du Temple-Mortroux. Tout au plus ont-ils pendant cette période changé de hameau, passant de La Ribière au Breuil : trois kilomètres en trois siècles. Tous aussi étaient maçons ou, comme on disait alors, maçons-laboureurs. C’est à dire que, ne possédant qu’un ou deux champs sur une terre particulièrement pauvre (« le pays du seigle et de la chataîgne »), ils s’expatriaient pendant six à neuf mois de l’année dans la région lyonnaise ou dans la région parisienne pour y exercer les métiers non qualifiés du bâtiment. L’hiver, quand le bâtiment chômait, ils revenaient (à pied) auprès de leur femme et de leurs enfants restés au pays. Mon grand-père, compagnon maçon, qui a participé à la construction du métro parisien, puis à la reconstruction des « régions libérées » après la guerre de 14-18, est le premier de ma famille à s’être ensuite établi durablement dans la banlieue parisienne pour y travailler toute l’année.
Ces maçons très pauvres, dont le député républicain, Martin Nadaud, a admirablement décrit les conditions de vie dans Léonard, garçon maçon, travaillaient et logeaient dans des conditions que les plus misérables des immigrés d’aujourd’hui ne peuvent même pas imaginer. Dans ma famille maternelle, personne ne sut lire ni écrire jusqu’à l’instauration de l’école obligatoire. À la naissance de mon grand-père, en 1891, aucun membre de sa famille n’était capable de signer son nom, ce qui n’est pourtant que le tout premier degré de l’alphabétisation. Ces gens matériellement privés de tout n’étaient pas pour autant dépourvus d’idées : résolument laïques (mon trisaïeul Martial se fit enterrer dans le drapeau de la Libre Pensée), ils furent généralement communards à la fin de la guerre de 70 et, comme tels, massivement réprimés (cf. la thèse d’Alain Corbin sur le Limousin au XIXe siècle).
Aussi m’est-il difficile aujourd’hui d’adhérer à la thèse de certains représentants des DOM qui considèrent, en quelque sorte, que mes ascendants maternels « gaulois » devaient réparation à mes ascendants paternels « des îles » : ils ne furent, en vérité, pas moins malheureux les uns que les autres. En revanche, tous sont également redevables à l’école de la République qui leur donna leur première vraie chance.


Qu'avons-nous à tirer de tout cela ?

Nous nous devons, comme Françoise CHANDERNAGOR, d'accepter l'intégralité de notre ascendance, quelles que soient ses origines.
Le pire et le meilleur se cotoient en l'histoire de tout homme.
Nous sommes redevables à toute notre ascendance, quelles que soient ses misères et ses richesses, d'être ce que nous sommes aujourd'hui.

Jean-Loup MARTINET



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